L'analyse d'un album...ou la découverte d'un monde merveilleux
"Le livre disparu"
Colin Thompson

Cet album permet de susciter chez le lecteur une forme d'anticipation, d'interprétation, de recherche d'indices. Il ouvre une perspective de lecture à la fois à partir du texte mais surtout à partir des illustrations, il y a un rapport de collaboration texte et images. Nous sommes dans la rencontre du texte et de l'image mais également dans la rencontre de la lecture écriture que nous retrouvons tout au long de l'album. De plus l'album invite sans relâche à établir des ponts avec d'autres références culturelles. A travers une abondance d' illustrations, il s'agit ici d'être en mesure de repérer une intertextualité très richesse. Par intertextualité il faut entendre, la présence de nombreuses références culturelles de différents genres dans une oeuvre littéraire.
Le titre et la première de couverture :
«Le livre disparu», le livre à disparu comme le temps passe est disparaît dès qu'il s'écoule.
Dès la première page de couverture nous sommes submergés par la richesse des illustrations qui sont inondées de détails, le lecteur se trouve instantanément plongé dans un monde imaginaire
Nous nous retrouvons face à des étagères, des étagères qui sont assez particulières puisqu'elle ne sont pas uniquement remplies de livres.
La page de couverture reprend ici le thème centrale de l'album, soit la notion du temps qui passe. Elle emmène le lecteur dans un monde inconnu, un monde ou le temps s'écoule, le lecteur se retrouve alors en suspend à la fois sur la notion de temps et dans le temps lui même qui ne cesse de s'écouler.
Tous les ouvrages de l'étagère font référence au temps, si on observe les titres on trouve :
«En route vers l'éternité»
«Tout notre passé»
«Le livre disparu»
Comme socle de la première étagère un livre hors dimension «Le livre disparu», sur lequel sont posés les deux ouvrages précédents «En route vers l'éternité» et «Tout notre passé». Nous pouvons alors clairement définir les contours de l’œuvre, «le livre disparu» souligne la notion du temps qui passe, le temps se voit en quelque sorte cerné entre passé et éternité.
Le titre de l'album est ancré dans ces étagères et nous pourrions même dire que ces à travers lui que tout ce qui se trouve sur les étagères s'anime, prend vie.
«Les bandits du temps»
«Temps et renouveau»
«L'âge de raison»
«Brève histoire du temps»
«Retour vers le futur»
«Ainsi va le temps»
livre retourné // le temps peut-il être contourné ? (question ouverte à un débat philosophique...)
«Temps après temps»
«La machine à remonter le temps» (Presses éternelles)
«Le temps et la durée»
«Immortalité pour débutant»
«En regardant l'horloge» Justin Temps
«Un pas dans le temps»
«Voyage dans le temps, chronologie décembre 2001 à Mars 1780»
Le titre du livre nous invite à remonter le temps avec ce livre
Nous constaterons également la présence de nombreux instruments de mesure du temps, qui sont posés sur les étagères. Nous
remarquons un sablier en bas à gauche et plus petit détail en bout d'étagère, derrière le livre «Temps après temps», la tête retournée d'un squelette comme oubliée par le temps. Il y a également
une horloge à balancier (indiquant 6h55) en haut à droite. Ce qui est intéressant ici c'est la direstion ou nous mène l'horloge, en effet le balancier nous fait descendre en bas de page pour que
nous nous retrouvions nez à nez avec un arbre.
Nous interpréterons l'arbre de la première page de couverture, en faisant un rapprochement avec l'arbre de la vie, référence à la Bible (passage de la Genèse). L'arbre de la vie dont nous parlons symbolise la force et le développement de la vie, c'est un arbre qui donne l'immortalité. Ainsi nous retrouvons cette notion de temps, compris entre passé et éternité qui suscite une interrogation sur l'immortalité.
Il faudrait peut-être préciser aussi qu'au milieu de tout cet espace réservé au temps, se découvre sur certaines des étagères des appareils informatiques, ce qui est peu commun sur les étagères d'une bibliothèque. Néanmoins, cela nous fait penser quand nous voyons ces objets inclus dans cette première de couverture, au temps qui passe encore une fois. Nous ne sommes plus uniquement dans l'ère des livres et des bibliothèques mais bel et bien dans l'ère du numérique, le temps à passé. On peut remarque une souris d'ordinateur en dessous de la souris (animal) et également à gauche de la page des enceintes et une télécommande. Ces types d'objets sont simplement présent pour justement parfaire cette notion de temps qui passe et montrer qu'à notre époque, les temps change.
Nous nous attarderons également sur la présence de nombreux petits animaux, chien, flamant rose, coq, oiseaux, pigeon , escargot, souris, rat... sur l'ensemble des étagères.
Nous découvrons un univers extraordinairement étrange, débordant d'objets et peuplée de petits êtres étonnants et animés. Si nous observons de plus près les livres nous remarquons des portes, des fenêtres, des escaliers, nous sommes en présence d'un véritable lieu de vie. Nous pourrions assimiler ces étagères à un univers miniature vivant entre les pages des livres comme nous vivons entre les lignes du temps.
La quatrième de couverture :

La quatrième de couverture nous offre en quelque sorte l'envers du décor puisqu'il s'agit du dos des étagères de la première de couverture.
Nous retrouvons alors des objets déjà vu auparavant dans la première de couverture mais sous un angle différent. Comme le chien en bas des escaliers que nous voyons de dos, ou sur la première de couverture un pigeon gris qui est multicolore sur la quatrième. Le plus frappant, c'est le sablier qui prend tout de suite une autre signification , il n'est plus rempli de sable mais d'eau. Nous ne sommes plus avec un sablier qui compte le temps qui passe, mais avec un sablier qui vit, l'eau symbole de la vie. On remarquera également que le petit détail cité dans la première page de couverture (tête de squelette), s'est transformé et est devenu dans la quatrième de couverture une ampoule. Peut-être est ce également le symbole de la vie qui vient s'imposer encore une fois dans cet page, mais cette fois mêlé au symbole de la connaissance.
Nous constatons que certains des livres cités dans la première de couverture possèdent dans la quatrième un autre titre. Ils ont une double tranche selon qu'il s'agisse du devant ou du derrière des étagères.
Ainsi le livre «En route vers l'éternité» devient «Retour de l'éternité», nous avons traversé une épreuve au cours de la lecture de l’œuvre, dans la quatrième de couverture nous sommes revenu de l'éternité. Le livre «Retour vers le futur» devient «En avant vers le passé», peut-être est ce ici une morale qui signifie : ne chercher pas à fuir le temps, appréciez le à chaque instant et n'oubliez pas votre passé. Le livre «Brève histoire du temps» devient «Histoire chronologique du courrier» peut-être le courrier est-il synonyme de voyage incitant le lecteur à découvrir de nouveaux horizons. Le livre «L'âge de raison» devient «La raison de l'âge», ce changement de titre est le signe d'une possible évolution du lecteur tout au long de sa lecture.
Plus particulièrement «Le livre disparu», que l'on voit de dos et qui se trouve être habité, nous pourrions supposer que c'est celui qui s'est emparé du livre, qui vit à l'intérieur de ce livre. Nous constatons que plusieurs choses débordent du livre, comme une «carte postale», une lettre, une feuille de note, ou encore un billet avec le numéro 67 inscrit dessus. Ce billet peut symboliser la visite du «Livre disparu». Peut-être dans l'histoire de l'album sommes nous depuis le temps que ce livre est caché les 67ème à l'avoir chercher, retrouvé et visité...
Nous ne voyons plus ces étagères de la même manière, à partir d'un questionnement sur le temps, la mort, l'éternité, l'immortalité dès la première de couverture et tout au long de l’œuvre, nous parvenons à la quatrième de couverture en ayant trouvé une réponse : la vie
Entre la première et la quatrième page de couverture, il y a un passage qui s'effectue à l'intérieur des étagères, à travers les livres et à travers la vision de cet univers étrange et minuscule.
Page de garde :
La page de garde instaure un certain climat dans l'ouvrage. Comme nous l'avons remarqué auparavant, nous sommes dans un univers étrange et la page de garde vient renforcer cette étrangeté. Il s'agit d'une pyramide faite à partir d'objet qui font référence à la mort et donc encore une fois à la notion du temps qui passe.
On peut apercevoir, au loin, dans l'obscurité les yeux jaune d'un animal nous supposons qu'il s'agit d'un chat noir. Deux livres s'abattent sur le chat, ces ouvrages sont comme évanouis, endormis, peut-être ont-ils rendu leur dernier souffle.
Les deux livres reposent sur un chapeau (qui rappel le chapeau des magiciens, des enchanteurs dans les contes, on pourrait ici dire que la page de garde renvoie à l'univers des contes).
Une référence directe ici à Merlin l'enchanteur, qui est capable de traverser le temps et l'espace. Merlin est un magicien, enchanteur, druide, il est en connexion avec la nature et les animaux, on pourrait interpréter la place du chapeau dans la page de garde comme une protection envers le chat, puisque le chapeau retient les deux livres et protège ainsi le chat qui se trouve en dessous.
Nous observons au cœur de la pyramide une faux, la mort est ici une figure, on représente souvent la mort comme quelque de vivant, de conscient. Dans les contes on rencontre la mort sous une forme, sous des traits «humains» enveloppé d'un voile noir et tenant une faux, ce qui nous renvoie ici à la personnification de la mort.
Sous la faux on entrevoit un ballon rouge inerte, étouffé, sans vie.
Le ballon devrait-être en mouvement dans les airs, incontrôlable, perdu dans l'espace et se laissant porter au grès du vent. Comme on le voit deux fois dans le haut (côté gauche de la page de garde), le ballon prend son envol pour peu à peu disparaître dans les airs.
Nous constatons ici une certaine fixité de la pyramide, même si au premier coup d’œil celle-ci paraît en suspend. Le socle de la pyramide n'est autre qu'un livre mais je dirais un livre vivant, car si nous regardons l'illustration de plus près nous pouvons apercevoir sur la tranche droite du livre la pousse de racine formant la partie inférieur du sablier qui se trouve au premier plan de l'image.
Le sablier est l'instrument de mesure du temps qui revient à la fois sur la première et la quatrième page de couverture au travers d'une symbolique différente. Mais ce dernier trouve également sa place dans la page de garde. Le sablier, au premier plan est le centre de l'image, il symbolise parfaitement la notion du temps qui passe, il est l'objet fondateur de cette pyramide et il retient «prisonnier» les autres objets constituant cette pyramide. Ils sont comme pris au piège par ou dans le temps.
Toutefois si ces objets sont pris au piège par le temps, le temps lui s'écoule comme le sable du sablier, il passe et ne peut pas rester fixe.
Une vue d'ensemble du dessin, nous conforte dans cette idée que le temps passe. A la pointe du chapeau, point le plus haut de la pyramide se dessine une forme particulière qui ressemble à un oiseau. Sur le côté droit on voit posé au bout de la faux un corbeau (synonyme de la mort), encore une fois la mort se retrouve personnifiée dans l'illustration. Sur le côté gauche de l'image à l'extrémité du corbeau sur le manche de la faux on remarque l'apparition d'une petite feuille qui symbolise une forme de vie.
Ces trois repères représentent l'équilibre de la pyramide, la naissance, la vie et la mort.
Première double page :
Dans cette première double page nous nous retrouvons devant un bâtiment ancien, immense voir incandescent puisqu'il possède 1000 salles. Il s'agit d'une bibliothèque, «la bibliothèque donnait sur une rue tranquille et bordée d'arbres», on retrouve ici la précision «bordée d'arbres» ce qui rappel l'arbre de la première page de couverture. Nous pourrions en conclure que dès la première double page, on nous précise que la bibliothèque est en vie. Ce qui sous-entend que le lieu du récit est une bibliothèque extraordinaire.
Nous apprenons également que dans cette bibliothèque se trouve «un exemplaire de chacun des livres publiés dans le monde». On se trouve ici dans un idéal déjà pensé auparavant par Paul Otlet que l'on nomme plus communément «l'homme qui voulait classer le monde».
De plus nous constatons dans cette première double page, que c'est la seule illustration ou sont représentés des humains. Nous sommes encore dans une dimension «fidèle» à la réalité mais notre départ est proche, dès lors que nous pénétrerons dans la bibliothèque et son univers vivant (dont nous avons auparavant été avertit), nous découvrirons un tout autre univers imaginaire, extraordinaire, étrange, et qui suscite de nombreuses questions...
Deuxième double page :
La seconde double page, nous propulse directement dans l'univers fantastique dont nous parlions juste avant et le même qui nous donnés envie de pénétrer dans la bibliothèque pour le découvrir. Nous nous retrouvons dans une des pièces de la bibliothèque, dans un bureau.
Cette double page est représentée comme un tableau d'époque, les contours de la page font penser à une enluminure et les tapis au sol renforce davantage cette idée de contours.
En haut à gauche de la page, nous remarquons, quelques mots jetés sur une feuille de papier, ou nous lisons : «Mignonne allons voir si la rose Qui ce matin avait éclose».
Ces mots correspondent à un extrait du poème «La Rose» écrit par Pierre de Ronsard, ce poème est dédié à une jeune fille (Cassandre). L'auteur cherche ici à faire passer le message suivant : une rose qui éclose se fane presque instantanément, il en est de même pour la beauté de la jeune fille. La rose comme la beauté de la jeune fille ne sont qu'éphémère tout comme le temps.
Si nous faisons une analyse plus précise du poème de Ronsard, nous trouverions dans celui-ci une phrase très importante, que nous pourrions prendre en compte dans l'interprétation de l'album : «cueillez, cueillez votre jeunesse». En effet, cette seconde double page redonne une fois de plus le ton de l'album tout entier, le temps passe et ne cesse jamais de passer, ainsi faut t-il vivre chaque instant du début de notre vie jusqu'à la fin.
Certains objets de ce bureau renvois à l'écriture, nous sommes à la fois dans l'univers de la lecture puisque nous sommes au cœur d'une bibliothèque, mais nous sommes également dans un univers lié à l'écriture. Il y a sur la page de gauche un crayon de papier et un stylo de qualité posé sur une feuille de papier buvard tâché et au dessus comme lié à la feuille de papier dont nous parlions auparavant une plume attend d'être utilisée. Sur la page de droite posé en hauteur sur un carton nous remarquons une petite bouteille d'encre comme mise de côté. Cet album ne se contente pas d'une lecture simple, il invite le lecteur à l'écriture, à la création, à l'imagination...
Si observons cette double page de plus près, nous découvrons la vie de petits personnages. Dans la première et la quatrième de couverture nous avions une vue extérieur de face puis de dos ce cet univers, à présent nous sommes à l'intérieur. Nous nous trouvons dans un «quartier» ou vivent des êtres minuscules, d'ailleurs nous pouvons en apercevoir quelques uns, deux têtes sortent du carton qui se trouve au milieu de la pièce et au loin on voit se dessiner dans la nuit la silhouette d'un homme traversant un pont.
Nous passons d’un univers réaliste à un monde fantastique celui des êtres minuscules, on se croirait dans le «quartier des tiroirs entrouverts», avec des habitations empilées les unes sur les autres. Nous retrouvons d'ailleurs un certain nombre de fenêtres, quelques escaliers et une échelle que nous avions déjà remarqué auparavant.
Le texte vient dans cette double page contredire ce que nous apprenait la première, il manque un livre dans cette bibliothèque «Il en manquait un». En effet, nous sommes informés qu'il y a deux cents ans la fiche du livre «Comment ne jamais vieillir» à été cachée et que le livre a disparu. Ce qui précise ici l'objet de la quête, il va s'agir de savoir ou est passé ce livre depuis deux cents ans et qui a caché sa fiche. De plus, la référence au temps «Deux cents ans» vient renforcer cette idée du temps qui passe mis en avant avec les objets de mesure dans la première et dans la quatrième de couverture.
Viennent s'ajouter au texte des notes collées sur l'étagère à gauche, «AVIS IMPORTANT Chaque notice fait l'objet d'une fiche. Tout manquement à cet avis sera notifié au comité de catalogue» et «ATTENTION Noter les notices importantes». Ainsi que doit-on penser ? La fiche manquante a t-elle était signalée par la personne à qui appartient ce bureau ? Quelqu'un s'est-il même rendu compte qu'il manquait une fiche dans la bibliothèque et qu'un livre avait disparu ? Un usager de la bibliothèque n'a t-il pas rendu le livre ? Le livre a t-il été subtilisé par un des personnages miniatures de ce monde merveilleux ?
Une quête commence alors pour le lecteur, il s'agit de retrouver «Le livre disparu», l'ouvrage a pour titre «Comment ne jamais vieillir». Ainsi le lecteur se lance t-il à la recherche de l'immortalité en recherchant cet ouvrage ? Cette quête pourrait nous faire penser à la quête du Graal. Comme nous pourrions la lire dans l’œuvre de Chrétien de Troyes, «Perceval ou le conte du Graal».
Avant de partir, un dernière objet attire notre attention, il s'agit d'un trousseau de clés, celui-ci posé sur le tapis principal du bureau pourrait nous être utile. Nous remarquons qu'il laisse dépasser une inscription : «Ex Libris». Ces mots latin signifient «faisant partie de mes livres», et désigne une gravure qu'un collectionneur colle sur l'intérieur de la couverture ou la page de garde de ses livres comme marque d'appartenance. Comme par exemple cet Ex Libris de Jacques Hnizdovsky :

Ainsi nous pouvons penser que le trousseau de clés appartient à celui qui possède ou du moins qui a la responsabilité de tous les livres de la bibliothèque.
A présent, il est temps pour nous de partir à l'aventure, de parcourir chaque pièce, chaque étagère et chaque recoin de la bibliothèque à la recherche du livre disparu. Nous signalons également la présence d'un avion rouge sur le bureau, peut-être celui-ci vient encore une fois nous inciter à voyager.
Ce bureau est le point de départ de notre voyage, il est comme la pièce par laquelle nous allons être transporté dans cet univers mystérieux. Il est ce sans quoi cet univers ne serait pas accessible.
Nous constatons, qu'il y a des ouvertures dans les tapis, sur le tapis principal nous voyons un passage, un chemin d'eau bordé d'arbres nous tend les bras. Sur le second tapis de la page de droite, nous remarquons une trappe, de laquelle jaillit une lumière assez forte. Il s'agit également d'un passage, mais cette fois un peu plus mystérieux, nous n'apercevons pas ce qui nous attend derrière. Ces ouvertures dans les tapis nous renvoie à l'univers des contes, nous allons passer d'un monde à un autre. Nous pourrions penser ici au conte de Lewis Carroll «Les Aventures d'Alice au pays des merveilles», Alice passe d'un monde à un autre, à la différence que le passage dans ce conte est un terrier de lapin.
Troisième double page :
Nous sommes arrivés dans cet autre univers, dans cet univers étrange, à la fois surdimensionné, démesuré et peuplé de créatures minuscules.
Le lecteur se voit projeté dans un monde ou les livres vivent en harmonie avec des objets plus différents les uns que les autres, des animaux, des lutins, des petits bonhommes...
Le monde mystérieux est à notre portée ou presque, nous sommes mis à la même hauteur que les étagères, nous sommes nez à nez face à l'inconnu, un inconnu qui nous questionne et qui nous donne envie d'en savoir davantage.
Si nous nous attardons sur les livres, nous constatons que chaque ouvrage fait référence à un livre connu, mais que tous les titres ont été changés, manipulés et donne naissance à d'autres ouvrages spécifiques à cet univers. Par exemple :
«Malice au pays des Erveilles» référence à «Alice au pays des Merveilles» de Lewis Carroll
«Le deuxième homme» référence au «Le premier homme» d' Albert Camus
«Gros blanc» références à «Croc-Blanc» de Jack London...
«Madame Bove a ri» référence à «Madame Bovary» de Gustave Flaubert
Nous pourrions continuer ainsi sur la totalité des ouvrages se trouvant sur les étagères. Les ouvrages sont d'ailleurs rangés sur les étagères de façon thématique et certaines des étagères sont en noir et blanc. Peut-être ont-elles perdu leur couleur ou peut-être n'en ont elles jamais eu ?
Le texte et les illustrations de cette double page sont en complémentarité, nous remarquons que le texte est comme incrusté dans les livres, il fait lui même partie de l'étagère.
Le texte explicite ce que nous avions aperçu de cet univers dès les pages de couverture, «Des portes et des fenêtres apparaissaient au dos des livres, des lumières s'allumaient, des voix s'échappaient d'entre les pages. Des arbres poussaient ici et là, les cheminées se mettaient à fumer, des escaliers et des échelles parcourraient les étagères, les transformant en de vastes cités...».
Nous retrouvons ici des éléments déjà vu auparavant, comme le café max (1ère page de couverture) ou encore un des bonhomme du carton se trouvant dans le bureau et ce qui revient ici sur chaque étagères, se sont les escaliers, construits dans chaque étagères ou presque nous avons l'impression qu'ils soutiennent toute la structure. Nous retrouvons sur une des étagères l'avion rouge de la page précédente, sauf que cette fois, nous sommes en plein vol.
De plus, de très nombreux arbres prennent vie dans cet album (première page de couverture, page de garde ou le bois prend vie, première double page ou nous apprenons que la rue de la bibliothèque est remplie d'arbre, seconde double page ou nous sommes invités à entrer dans cette bulle qui s'est ouverte sur le tapis et ou se trouve des arbres).
Dans cette troisième double page les arbres poussent. Nous ajouterons qu'à la différence des autres pages ou nous considérions l'arbre comme étant l'arbre de la vie, dans cette page l'arbre est à envisager de deux façons. L'arbre de la vie reste présent puisque comme le précise ici le texte, «Des arbres poussaient» mais nous apercevons, en haut sur la page de droite, un arbre différent, un pommier. Ainsi pourrions nous faire référence ici à l'arbre de la connaissance, souvent assimilé à un pommier. Le contexte si prête d'autant plus que nous sommes entourés d'ouvrages indispensables à connaître en littérature.
Lorsqu'il n'y a plus personne à la bibliothèque, un monde prend vie, se construit et évolue et nous avons l'opportunité de contempler cet univers qui s'anime sous nos yeux.
Quatrième double page :
Nous découvrons «un rayonnage de livres de cuisine, à la lettre C», il s'agit d'un gros plan sur une étagère, nous pourrions dire que nous sommes dans une rue. Une rue ou chaque maison est un livre de cuisine, ainsi nous remarquons qu'une des maison de la rue (celle au bout à droite) est à vendre. De plus, la maison «centrale» de cette page, qui est un livre de recette ayant pour titre «Crustacés en croquettes», place cette rue encore une fois sous le signe du temps, puisque nous lisons au bas de la tranche du livre «Les éditions des temps anciens»
C'est dans cette double page que le lecteur fait la connaissance du héros. Une famille nous est présentée, la famille Robinson (le père, la mère, la fille et le fils), la famille vit dans un album «Confiture de coings, quinze recettes».
Nous nous retrouvons dans cet album composé de plusieurs étages encore une fois mis en avant par la présence d'escaliers. Nous sommes dans la maison de la famille Robinson, dont le nom de cette famille peut nous faire penser aux aventures de Robinson Crusoé, livre écrit par Daniel Defoe, qui retrace les aventures étranges et surprenantes d'un jeune homme.
Si nous observons les différentes pièces de la maison, nous voyons que le père, la fille et Peter sont présents, en revanche on ne voit pas la maman de Peter. Nous voyons Peter assis sur son lit qui attend quelque chose mais on ne sait pas quoi, il a l'air de s'ennuyer. Un petit détail à ne pas oublier se laisse apercevoir au troisième étage de la maison, un petit chat noir, est ce le même chat dont nous avions vu les yeux jaunes sur la page de garde...

Le texte, nous apprend que «Peter était le seul à connaître l'existence du livre manquant», une nuit il avait trouvé la fiche du livre alors qu'il poursuivait son chat (Brian) qui lui même poursuivait une souris.
Nous pouvons à présent dire que le chat noir présent dans la maison des Robinson a une identité, il s'agit de Brian, le chat de Peter. Peter voulait trouvé le livre correspondant à la fiche , mais cela fut vain, le livre n'était pas à sa place. Alors ce dernier décide de rechercher jusqu'à ce qu'il le trouve ce livre «Comment ne jamais vieillir». Le texte vient nous diriger, et nous précise les intentions de Peter : «Si j'y parviens, avait-il dit à Brian, nous ne vieillirons jamais».
De même que le lecteur a pu avoir cette réflexion puis ces intentions lorsqu'il a découvert dans le bureau de la seconde double page, qu'un livre manquait dans la bibliothèque. Que ce livre donnait peut-être la solution pour ne pas vieillir.
Le lecteur constate donc que Peter et lui ont une quête commune, celle de retrouver «Le livre disparu», ainsi nous pourrions supposer que le lecteur va tout au long de l'album tenter de réaliser cette quête avec Peter.
Cinquième double page :

C'est à partir de cette double page que notre quête commence vraiment, nous sommes littéralement propulsés dans un univers infini. Le lecteur part en quête avec Peter et son chat Brian.
Si auparavant nous avons découvert quelques étagères à présent c'est une ville toute entière que nous s'anime sous nos pas. Nous avons affaire ici à des paysages nouveaux, peut-être sommes nous dans le centre de la ville de cet univers extraordinaire. Nous apercevons des moyens de transports, des mini péniches, une petite barque, un voilier et encore une fois cet avion rouge qui parcours de tout son long cette bibliothèque infinie, cet univers vertigineux. Les moyens de transports semblent être de la taille des habitants de ce monde merveilleux c'est à dire minuscules. Nous pouvons distinguer quelques personnages, des personnes sont sur la barque l'un d'entre eux rame, un pêcheur et derrière le pêcheur dans l'ombre nous voyons la silhouette d'un bonhomme.
Il ne faut pas oublier Peter et Brian qui sont représentés sur la page de gauche, et qui avancent tranquillement sur les planches (alors qu'une inscription indique qu'il ne faut pas rester sur les planches). Peter et son chat viennent justement de passer devant le café max, lieu qui ne nous est plus totalement inconnu maintenant puisqu'on le retrouve régulièrement sur les différentes doubles pages de l'album.
Le texte nous précise, que voilà déjà deux ans que Peter recherche le livre qui a disparu, «Les deux années suivantes, Peter et Brian partirent chaque nuit à la recherche du livre perdu». Peter avait scruté les étagères voisines de l'endroit ou devrait être rangé le livre mais il ne trouva que de vieux manuels de médecine et d'hygiène remplis de conseils de gymnastique. Peter parcouru des nombreuses rangées de livres et il ne rencontra que des personnages cherchant à s'entretenir, à garder la forme, mais qui en les examinant de près, «avaient des rides autour des yeux. Ils vieillissaient.» Peter en conclut que ces personnes ne savent rien sur le livre disparu «Comment ne jamais vieillir». Tout est en lien avec l'objet de quête recherché, ce que nous recherchons c'est l'inverse de ce que nous avons trouvé, c'est l'immortalité, l'éternité...
Ainsi continue la quête du jeune Peter accompagné de son petit chat noir Brian et comme il l'avait préciser dans la quatrième double page il a décidé de «retrouver à tout prix ce livre perdu».
Sixième double page :
Dans cette double page, la quête du jeune garçon se poursuit, mais il est pour le moment dans une impasse, au sens propre comme au sens figuré. Peter ne sais plus ou chercher le livre disparu et comment parvenir à ce que Brian et lui ne vieillissent pas, comment récupérer l'objet de quête tant espéré.
Comme le texte nous l'apprend, la mère de Peter dont nous ne connaissions pas l'existence puisqu'elle était absente de la quatrième double page (ou nous avons découvert le foyer de la famille de Peter, famille Robinson) est inquiète pour son fils, ce demandant ou Peter peut «bien se rendre chaque nuit ?» Le père quand à lui relative en disant que «tant qu'il ne lui arrive rien inutile de se tracasser !».
Nous sommes encore une fois en face d'une illustration vertigineuse avec un étalement de livres, de maisons, d'habitations et de fenêtres, nous retrouvons Peter qui continu de tourner au milieu de cet univers étourdissant. Nous l'apercevons d'ailleurs au loin, dans l'obscurité, tout au bout de cette rue éclairée par les centaines de fenêtres qui s'y trouvent. Nous voyons l'ombre de Peter et Brian qui poursuivent encore une fois la quête qu'ils ont entrepris. Nous ajouterons qu'une fois de plus l'avion rouge plane au dessus de la tête de Peter et Brian peut-être est ce un signe que le voyage n'est pas fini et qu'il faut continuer de chercher, cela finira par porter ces fruits à un moment ou à un autre.
Septième double page :
Comme nous le confirme le texte de cette double page : «Peter parcourait cette bibliothèque de salles en salles», et ne venant pas à bout de cette quête il bravait l'interdit puisqu'il «traversait des réserves secrètes remplies de livres interdits».
Si nous observons l'illustration de cette page, elle ressemble à un château fort, à une forteresse. Nous constatons dans cette pièce que les étagères ne sont autres que les livres eux-mêmes. Les livres forment ici des escaliers, des recoins, des entrées, des dissimulations... Ils sont comme une protection et une invitation à pénétrer dans l'enceinte de ce royaume.
Le texte vient préciser que Peter «se glissait le long d'étagères contenant des ouvrages ayant visiblement beaucoup servi...», ainsi sommes nous encore une fois dans cette relation au temps qui passe puisque nous sommes en présences de vieux ouvrages.
De plus nous remarquons, que sur le toit de ce château, il y a des cheminées assez angoissantes, en effet, des cheminées comme des remparts formant un signe de croix, nous conduisent directement à l'idée de la mort. Nous repérerons également que l'avion rouge est encore présent et qu'il survole les «cheminées de la mort» gardienne du royaume en face duquel nous sommes.
Néanmoins, dans cette illustration un espoir subsiste, il s'agit des deux arbres (en haut de la page de gauche), qui annoncent que la vie est encore présente pendant ce moment de découverte d'une des pièce de la bibliothèque et malgré cette confrontation directe avec la mort.
Un dernier détail du texte peut attirer notre attention, il s'agit de «plan de cités perdues», ces étagères contenaient des plans de cités perdues, ainsi peut-être que l'un d'entre eux conduit au livre disparu et mènera Peter à l'objet tant espéré qui lui donnera la possibilité de ne jamais vieillir...
Peter ne cesse d'aller et venir dans cet univers extraordinairement étrange et merveilleux, il découvre chaque jour davantage de pièces, d'étagères et de livres, qui malheureusement pour lui ne correspondent pas à ses attentes.
Mais à partir de cette double page, une atmosphère nouvelle s'installe, nous sentons que Peter parcours des endroits qu'il ne devrait pas parcourir. Et que ce dernier n'est peut-être pas loin de ce qu'il cherche, nous nous retrouvons un peu impressionnés voir angoissés par cette structure de livres à la fois démesurée, spectaculaire et pourtant si mystérieuse.
Huitième double page :
La huitième double page présente une bibliothèque gratte-ciel, si nous portons notre attention sur le bas de la double page, nous distinguons entre les nuages dans une vue plongeante, deux tous petits bonhommes et une toute petite voiture rouge.
Cet atmosphère nuageuse, cette altitude nous donne une impression de supériorité, de domination du monde présent dans cette double page.
Le texte nous indique : «sous les combles d'un grenier abandonné depuis des lustres, sur une étagère plongée dans l'obscurité...», nous pouvons d'ailleurs apercevoir au long les yeux de quelqu'un qui observe Peter mais que Peter ne voit pas. Notre héros a parcouru un long voyage nous pourrions même parler toujours en référence à la quête du Graal, de périple tant l'ascension de Peter est longue.
Toujours cet avion rouge présent sur presque toutes les doubles pages de l'album, nous le voyons en gros plan, pas au loin comme habituellement, peut être pouvons nous penser qu'il va se poser.
Nous remarquons qu'au côté de Peter il y a un arbre, cette représentation revient également très souvent dans l'album, elle vient encore une fois nous rappeler la vie. L'arbre a pris racine dans le bois de l'étagère et paraît torturé, comme si la vie dans cette partie de la bibliothèque était mise à rude épreuve.
«Peter se trouva nez à nez avec quatre vieillards debout, de la poussières jusqu'aux chevilles.». Rencontre de Peter avec quatre personnages chinois, «devant une rangée de vieux livres chinois» (nous reviendrons sur ces livres dans la double page suivante). Les personnages chinois représente en quelque sorte la sagesse, ce qui correspond bien au contexte de la double page, éloigné, nuageux et dans la durée. De plus, leur posture «Ils se balançaient sur une jambe» peut nous faire penser que ces derniers sont en pleine méditation.
Peter observe les vieillards chinois et constate «leurs cheveux blancs, leurs visages profondément ridés», et ce dit qu'une fois encore ces personnes ne savent rien au sujet du livre, sinon ils ne seraient pas si vieux.
Neuvième double page :
Quelques marches et nous sommes arrivés... Brian reste sur le pas de la porte et nous lecteur nous allons avec Peter à la rencontre des quatre vieillards chinois « on aurait pu les prendre pour des statues».
Gros plan sur l'étagère dont il était question dans la double page précédente «sur une étagère plongée dans l'obscurité...», nous retrouvons les quatre vieillards chinois «devant une rangée de vieux livres chinois». Ces livres chinois sont en réalité des ouvrages qui ont un titre latin.
Si nous traduisons ces titres nous constatons que les titres correspondent à notre quête, retrouver «Le livre disparu» Comment ne jamais vieillir.
Tempus serpit : Il se glisse dans le temps (au sens ou Peter poursuit sa quête du temps)
Ante tempus : Avant le temps
Tempus stat : Le temps reste fixe (posture de l'époque)
Quid sibi vult ? : Que veut-il dire ?
Numquid vis ? : Que voulez vous ?
Le texte nous indique que les vieillards chinois accueillent et invitent Peter à prendre le thé, ils ne disent pas grand chose (seul les deux premiers vieillards s'adressent à Peter) mais suffisamment pour nous donner quelques indications. «Bienvenue !», «Vous arrivez juste à temps pour le thé», «Nous n'avons pas beaucoup de visiteurs», «Vous êtes le premier». En effet au départ en analysant la quatrième de couverture et en apercevant un «billet», avec indiqué le numéro 67 (dépassant du livre principal de la page «Le livre disparu»), nous pensions que peut-être celui-ci correspondait au nombre de personnes ayant cherché «Le livre disparu». Si toutefois c'est le cas, nous apprenons avec le texte que nous sommes les premiers visiteurs.
Autour des livres en latin, une structure labyrinthique s'est formée, de nombreux escaliers construisent cette structure et de petits vieillards s'aidant de leur bâton arpentent le labyrinthe. Nous pourrions d'ailleurs assimiler cette structure labyrinthique à la Muraille de Chine.
Toujours cette image symbolique qui revient «l'arbre de la vie», sauf que cette fois l'arbre ne prend pas naissance dans l'étagère, se sont les livres qui se transforme qui donne naissance à des racines, à des arbres. Ils sont la structure, et soutiennent cette «muraille labyrinthique». Celle-ci nous montre à quel point le chemin et long difficile pour parvenir à ce que Peter cherche.
Nous remarquons également que les yeux qui fixaient Peter sur la double page précédente, cherche encore à observer son évolution.
L'avion rouge s'est donc t-il bien posé puisqu'il n'est pas présent sur cette double page ?
Dixième double page :
Cette double page est la page centrale de l'album, nous sommes au cœur du livre au sens propre comme au sens figuré, puisque «Peter suivit les vieillards à l'intérieur d'un livre volumineux et jauni».
Le livre dans lequel Peter et les quatre vieillards chinois ont pénétré reprend la structure labyrinthique de la double page précédente.
Il s'agit en quelque sorte d'un voyage d'époque, «le parfum des épices et des souvenirs anciens», représentation ancienne du monde. Nous sommes dans le temps, cette double page nous emmène au cœur d'un voyage dans le temps, labyrinthique et semé de mystères. Au centre un chinois assis dans un fauteuil vert entouré de livres, près d'un poêle, peut être qu'il médite ou qu'il s'est assoupi, est ce le maître des lieux, du livre ?
«Des étagères laquées de rouge abritaient des milliers d'objets», ces objets sont tous regroupés par thème et chaque étagère forme une case du labyrinthe.
Beaucoup de thèmes sont représentés dans cette double page, notamment, les instruments de musique (chinois), les bagages, les ustensiles de cuisine, les balais de sorcières, les grandes inventions : poudre, fusée, boulier, roue, papier, plusieurs étagères font référence au thème de l’eau (bassine, baignoire, plage, mer). De plus nous retrouvons la muraille de Chine à laquelle nous avions identifié la structure labyrinthique de la double page précédente et également une étagère consacrée au instruments de mesure du temps qui nous rappelle le thème central de l'album et de la quête de Peter.

Le labyrinthe est peut être une épreuve à passer pour Peter, peut être doit-il en trouver le sens ? Peter se retrouve confronté à un univers inconnu, il n'a pas de repères, il est comme le lecteur au début de l'album confronté à un monde inconnu, extraordinaire, merveilleux, mystérieux et suscitant de nombreuses interrogations. Si le labyrinthe représente le temps, il représente également la vie, la vie sous toutes ses formes. Labyrinthe énigmatique, absence de repères, beaucoup de situations dans la vie peuvent être semblable à cette description, ainsi Peter doit faire face à son destin, aux épreuves que lui réserve la vie.
Chacune de ses étagères représentent des éléments permettant d'accéder à la connaissance, le temps, le désir, la superstition, le divertissement, le repos, le voyage, les inventions. Nous prendrons pour point de départ du labyrinthe l'étagère tout en bas de la page de gauche. Il s'agit de l'étagère qui regroupe les outils du dessinateur, cette case représente la connaissance d'un art ici celui du dessin, en effet sans cette connaissance ce labyrinthe ne pourrait exister.
Néanmoins nous pensons que ce labyrinthe peut être parcouru en commençant de n'importe quelle étagère, nous ne savons jamais ce que la vie nous réserve, et toutes les connaissances sont bonnes à acquérir peut-importe l'ordre dans lequel nous allons les acquérir.
Une référence paraît indispensable dans cette double page qui est le centre de l'album, il s'agit du nombre d'or à partir duquel sont établies les proportions des illustrations. «Ces systèmes de proportions étonnants offrent des bases solides à de nombreux artistes et designers. Afin d'illustrer la manière dont l’œil réagit à la composition.» écrit Kimberly Elam dans son ouvrage «Géométrie du design». Un exemple parfait représente très bien la règle du nombre d'or «Le Nombre d'Or expliqué à Donald»par Walt Disney.
Le troisième vieillards va alors s'adressait à Peter «Vous êtes venu pour cela, je présume», et il lui tend un petit livre. Peter prit le livre et «en lut les caractères pâlis : Comment ne jamais vieillir ou Manuel d'immortalité pour débutant, signe qu'il s'agit d'une livre ancien et qui a résisté au temps qui passe.
La paire yeux déjà présente sur les deux doubles pages précédentes, est encore représentée dans les nombreuses illustrations de la dixième double page, cachés sous la couverture.

De plus, nous retrouvons notre avion rouge présent depuis le début de notre aventure et nous pouvons confirmer notre hypothèse à savoir, que celui-ci s'est bien posé, il a accompagné peut être même guidé Peter jusqu'à cet endroit précis, jusqu'à l'objet de la quête tant cherché et finalement trouvé dans cette double page.
Onzième double page :
Peter possède «Le livre disparu», l'objet tant convoité est enfin en sa possession, néanmoins comme si la quête achevée ne lui suffisait pas, un certain nombre de questions demeurent.
Comme l'indique le texte, «ces hommes étaient si âgés alors qu'ils possédaient le fameux livre», Peter se dit que l'histoire de ce livre est une légende, un rêve, une idée mais n'est pas une réalité. «Oh si ! ça marche répondit l'un des vieillards», si cela fonctionnait Peter ne comprenait pas pourquoi ces hommes étaient si vieux.
Le vieillard décide donc de montrer à Peter que le livre fonctionnait bien et par la même occasion il pense que Peter arrivera sans doute à comprendre pourquoi ces hommes chinois ont vieillis et continue de vieillir.
Peter pénètre avec ce même vieillard chinois dans un monde autre, un monde totalement différent de ceux découvert auparavant, pas d'étagères remplies de livres, d'objet ou de personnage minuscules ni d'objets d'époque, mais en revanche, la vie au cœur d'un livre. Le livre se transforme dans cette double page en maison, pas comme au début de l'ouvrage, ou portes et fenêtres se dessinaient sur les livres, mais au sens ou le livre s'ouvre à nous ( à Peter).
L'ouverture du livre nous offre une rencontre avec une vie, le livre vie (présence d'animaux et présence de petites maisons), on remarque des paysages de tous les genres, au premier plan des escaliers sans but, ou alors ne connaissons nous pas le reste de la maison, peut être est telle composée de plusieurs étages et que nous n'en découvrirons qu'un.
Nous remarquons qu'au fond de cet immense village, un sablier, le sablier de l'album, cassé, brisé, le temps s'est rompu, donnant lieu à la naissance d'un cours d'eau qui traverse le village tout entier et qui symbolise une fois de plus l'importance de la vie. Le temps devient l'eau, mais qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, ils s'écoulent tous les deux.
Nous avons parlés de village, en effet semblable aux villages présents dans les contes merveilleux, tel que «Blanche Neige et les sept nains», peuple de nains, toutes petites maisons entourées d'animaux (la forêt généralement dans les conte).
De plus deux illustrations peuvent attirer notre attention, l'avion rouge qui reprend du service et décolle à nouveau quand Peter suit le vieillard, peut-être veut-il ou à t-il pour missions de nous accompagner tout au long de cette aventure et qu'il ne se posera que lorsque Peter aura trouvé les réponses qu'il attend.
Autre détail, à part comme isolé dans une case, on aperçoit une touffe noire, peut être est ce simplement un animal réfugié dans ce trou pour se cacher ou se protéger de quelque chose, peut être du temps... Ou est ce une touffe de cheveux, ceux de Peter qui passant d'une dimension à une autre et se voit pris au piège dans de ce livre, tentant de pénétrer dans son univers pour accéder aux réponses tant attendues.
Cette double page nous rappelle la relation de la lecture-écriture mise en avant dans cet album d'une part par ses illustrations et d'autre part par toute l'intertextualité qu'il suscite.
Douzième double page :
«Par une porte dérobée il conduisit Peter dans un jardin chinois.», la double page précédente, n'était qu'une transition, un passage pour passer dans univers à un autre. Le texte nous indiquant que Peter arrive dans ce jardin par «porte dérobée», nous conforte dans l'idée que la touffe noire aperçue auparavant, représentait Peter passant d'une réalité à une autre, à un monde différent et encore une fois extraordinaire.
Cette double page est en opposition totale avec le reste de l'album, absence de couleurs, seul le jeune héros, Peter est coloré. Nous ne sommes pas dans le noir et blanc, mais dans une couleur qui rappel celle du givre, de la neige, du temps si froid que tout paraît comme figé. Peut être que dans ce jardin le temps est suspendu, gelé lui aussi comme se qu'il l'entoure ?
D'ailleurs nous apercevons fondu dans le décors, le Café Max, présent au début de l'album dans la première de couverture et dans les premières doubles pages, il est complètement différent d'auparavant et ne possède lui non plus aucune couleur.
Néanmoins, le texte nous apprend que contrairement à ce que ressent le lecteur, Peter notre héros ce voit submergé d'émotions lorsqu'il pénètre dans ce jardin chinois, «Le garçon n'avait jamais rien vu d'aussi beau.». Il découvrir des arbres, des fleurs, des bassins d'eau et des poissons, mais ce qui le fit rêver par dessus tout c'est «Une caille chinoise picorait la terre entourées d'une nuée de papillons aux couleurs éclatantes». Ainsi Peter peut dans ce décor sobre, apercevoir les couleurs, est-il envouté, ne peut-il pas avoir conscience de l'endroit dans lequel il a est?
De plus, «Peter aurait aimé prendre le temps de s'arrêter pour admirer ce magnifique jardin.», cette phrase de l'album paraît tout à fait correspondre aux objectifs de l'album, Peter souhaite découvrir, prendre le temps de regarder ce qu'il y a autour de lui, ce qui vit et prend vie autour de lui. Malheureusement ce que ce dernier n'a pas compris c'est qu'il se trouve dans un univers qui ne lui convient pas, il ne devrait pas être dans ce lieu, alors prendre le temps de le découvrir nous semble impossible.
Le vieillard hâte le pas et poursuit son chemin, pressant Peter qui n'a pas le temps de rester dans ce jardin et qui doit «Voir le Vieil Enfant»... Qui est le Vieil Enfant ? Comment un enfant peut-il être vieux ? Est ce là le prix à pa
Treizième double page :
«Là, assis sur une immense chaise trônait le Vieil Enfant», cette double page renferme un texte particulièrement long, c'est la double page ou le texte est le plus conséquent. Le texte nous offre tout d'abord une description du Vieil Enfant et ensuite nous laisse découvrir le discours que le Vieil Enfant adresse à Peter.
Le Vieil Enfant «était à la fois jeune et vieux. Il paraissait avoir dix ans et être en même temps sans âge. Sa peau était aussi douce que celle d'un enfant mais il avait le teint gris et fatigué. Ses yeux étaient ceux d'un enfant mais il avait le regard las et lointain.». Ce passage très important vient expliciter la tristesse du Vieil Enfant mais également sa solitude, il est représenté et décrit comme un personnage terne ce que les illustrations de cette double page viennent confirmer.
Ces illustrations nous font penser aux peintures de Salvador Dali, les couleurs, la disposition, la représentation des objets, des personnages, l'utilisation de la démesure dans l'album.

En effet, le Vieil Enfant siège sur une chaise surdimensionnée, à ses côtés nous voyons un nounours vieillis qui se voit usé par le poids des années, nous constatons même que le petit ourson a une transfusion dans le bras, présente sans doute pour redonner vie à ce petit nounours qui doit-être précieux pour le Vieil Enfant.
L'avion rouge toujours fidèle aux illustrations des doubles pages de l'album, est posé sur le siège gigantesque près du Vieil enfant, il a accomplit la mission qui lui avait été confiée. Sans doute cet avion rouge doit-il appartenir au Vieil Enfant et ce dernier la surement déposé dans le bureau pour qu'il suive Peter dans sa longue et douloureuse quête «du temps».
Ce qui ne se remarque pas tout de suite quand nous découvrons cette illustration, mais qui nous rappelle quelque chose de déjà vu, c'est la présence d'oiseaux sur les extrémités de la chaise. En effet lors de l'analyse de la page de garde nous avions constaté que l'illustration représentait une pyramide et qu'à ses extrémités était présent les symboles de la naissance, la vie et la mort. Il en est de même pour cette illustration, formant une structure pyramidale, et portant les symboles de la naissance, la vie et la mort, à la différence que le corbeau se trouve au centre du fauteuil du Vieil Enfant, comme posé au dessus de sa tête et attendant l'heure de la fin de sa vie. Le petit oiseau quand à lu, de couleur noir inspire la vie mais une vie bien triste, bien sombre, pour ce qui est de la naissance nous l'apercevons dans l'enracinement du fauteuil, côté gauche, le bois a tellement poussé que le fauteuil n'est plus stable. Le bois est si vieux qu'il s'est imposé, il a dévasté ce qui se trouvait autour de lui, de sorte que il ne s'agit plus de livre-maison mais de maison-livre, ici les livres sont comme étouffés, ils ne sont plus en vie (il ne reste qu'une maison les autres s'écroulent tout autour du Vieil Enfant).
De plus dans cette illustration, il y a en général une absence totale de vie, même si le vieillard chinois s'adresse au Vieil Enfant pour lui dire que «Ce jeune garçon est venu pour le livre», aucun des personnages n'est présent dans l'illustration. Ni même Peter à qui le Vieil enfant va s'adresser dans la suite du texte.
Dans l'image, une chose subsiste au pied du fauteuil, un livre «Ledger domain», ce titre semblerait signifier ici «Le registre des registres», et symboliserait finalement le livre des livres, il représente la connaissance, celle qui traverse le temps, qui ne disparaît pas et ne disparaîtra probablement jamais.
Même le Café Max se voit supprimé est devient le Café Eternal, il est littéralement engloutit sous le poids du temps représenté comme pesant dans l'ensemble de cette double page. Cette illustration traduit une solitude infinie dans l’éternité : le contraire de la vie.
Le discours du Vieil Enfant est catégorique, «Tu ne dois pas le lire», «il te rendra fou», «j'ai passé trop de temps à le lire», «la seule chose que j'ai pu faire ça à été de rester assis et d'observer. Maintenant je suis définitivement «figé dans le temps», «je n'ai vécu que de perpétuels lendemains», «Vivre éternellement revient à ne pas vivre du tout».
L'expression «figé dans le temps», vient ici confirmer l'interprétation de la double page précédente.
Le Vieil Enfant cherche à convaincre Peter par tout les moyens qu'il ne doit pas lire ce livre, car en opposition à toutes les paroles négatives qu'il vient de dire, il y a la vie, la vie qu'il n'a pas eu, grandir, jouer, tomber amoureux, se marier, faire des enfants, on retrouve ici plusieurs étapes qui construisent une vie et que chacun doit vivre à sa manière, à son rythme, en prenant son temps, mais vivre sa vie. Voilà pourquoi le Vieil Enfant a caché le livre.
Quatorzième double page :
Disparition totale de tout objet, de tout livre, nous sommes nez à nez avec l'horizon du monde du Vieil Enfant, d'ailleurs nous l'apercevons de dos en train de discuter avec Peter, tout en contemplant ce paysage magnifique. Ils parlent du livre, le texte nous le confirme Peter questionne le Vieil Enfant cherche à savoir pourquoi il n'a pas détruit le livre, mais le Vieil Enfant lui dit «Ce livre est lui-même immortel», le livre est le Vieil enfant sont comme lié, faute d'avoir lu ce livre, il se retrouve prisonnier du livre, il se doit de veillé sur le livre et de veiller à ce que personne ne fasse la même erreur que lui en l'ouvrant.
Dans le ciel, il y a la terre, cette terre d'où vient Peter, ainsi nous sommes à présent certains que l'univers dans lequel se trouve le Vieil Enfant ne se trouve pas sur la terre mais en dehors, il n'est plus du monde des vivants, il vit en reclus seul dans un lieu laissant place à un horizon infiniment nu. Nous dirons que si ce paysage ce veut si infini, si vide c'est pour susciter l'imagination du lecteur, dans la mesure ou cet espace pourrait contenir de nombreux objets, de nombreux personnages mais que chacun doit se représenter son propre paysage, ses propres horizons...
Seule une montgolfière subsiste dans cette illustration, peut être va t-elle reconduire Peter sur la terre.
Quinzième double page :
«Peter regagna le jardin», le jardin est magnifique, il nous offre un spectacle magnifique, comme une forteresse de livre laissant glisser entre les lignes, la vie représentée dans cette double page par l'eau.
Si il s'agit du jardin de tout à l'heure nous pouvons mieux comprendre pourquoi Peter voulait si attarder, nous retrouvons les couleurs vives qui caractérisent l'album tout entier.
Les livres sont de nouveaux présent dans les illustrations, car comme dit précédemment, ils soutiennent cette forteresse extraordinairement grande. Cependant les livres sont ici particuliers, comme dans la neuvième double page leur titre sont en latin, à la différence que cette fois il ne sont pas centrés sur le temps qui passe mais sur la terre, la vie, les fleurs, la nature, les animaux, la lune comme nous le voyons ci après :
Flora mundi Fleurs du monde
Fauna mundi Faune du monde
Coati mundi Manteau du monde
Per ardua ad aster Jusqu'à la pente raide de l'Aster (plante) mot grec signifiant étoile
Veni vedi valui Je suis venu, j'ai vu, j'ai réussi à convoquer (le Vieil Enfant)
Bufo bufo Le crapaud commun (Bufo bufo) est une espèce d'amphibiens classé parmi les anoures. C'est l'espèce de crapauds la plus répandue en Europe. ...
Ex libris (notion d'appartenance, note sur un livre)
Fabulae lunae Conte de la lune
Tabulae lunae Les archives de la lune
Ex juliae libris
Peter passa toute la journée au bord du bassin, il contempla les poissons nageant avec leurs petits, ils vivent, évoluent et vieillissent ensemble.
Je pense qu'après mûre réflexion dans ce jardin paisible et accueillant entouré de toute forme de vie, Peter sait à présent ce qu'il doit faire et le texte vient nous le souffler, «Je ne le lirai pas décida Peter et il retourna auprès du Vieil Enfant».
Nous assistons dans cette dernière double page au «dénouement» de la quête de Peter, en effet il s'était lancé à la recherche du livre disparu «Comment ne jamais vieillir», qui symbolisait, le temps, l'immortalité, l'éternité (une véritable quête du Graal) menée pendant des années, errant sans trop savoir de recoins en recoins pour trouver ce livre.
Si au départ ces années de recherche étaient une enquête menée avec Brian (le chat de Peter) pour ne pas rester à s'ennuyer dans sa chambre, à l'arrivée, c'est une véritable quête initiatique qui vient de se terminer pour Peter. Depuis la rencontre avec les chinois jusqu'au moment ou Peter accepte de ne pas lire le livre, il y a une prise de conscience de la part du jeune garçon qu'il ne faut pas oublier. Ainsi, il a du réfléchir, prendre des décision et savoir être raisonnable et responsable dans ses actes, véritable quête identitaire (connaissance de soi), Peter a fait preuve d'une réelle autonomie, il est devenu «adulte».
Seizième page et fin :
Peter rejoint le Vieil Enfant, qui lui dit, «Tu es plus raisonnable que je l'ai été».
Peter ayant réussi sa quête et ayant également prit conscience de beaucoup de chose, invite le lecteur à faire de même en se posant de multiples questions tant sur l’interprétation des textes que des images.
Peter peut à présent repartir dans son monde, dans notre monde, sur la terre, dans la bibliothèque, dans sa maison «Confiture de coings, quinze recette», retrouver sa famille, ses amis et continuer de vivre sa vie...
Elodie.W