La culture humaniste au CDI
La culture humaniste
La culture humaniste peut être définie à travers plusieurs aspects, philosophique, sociologique et éducatif, il résulte de ces aspects des caractéristiques fondamentales, qu'il est nécessaire de prendre en compte avant de pouvoir participer à une transmission de cette culture. La culture humaniste dépend de l'origine sociale de chacun, elle renvoie donc à des différences et des inégalités, ainsi, pour ce faire, celle-ci nécessite obligatoirement un apprentissage. Nous considérerons alors l'étroite liaison qui existe entre culture humaniste et culture scolaire, ce qui constitue à la fois une difficulté et un enjeu pour le système scolaire et plus particulièrement pour les enseignants. Pouvons nous faire une sélection représentative de la culture à transmettre au sein du système éducatif, dans un établissement scolaire ? Comment l'ensemble de la communauté éducative et notamment, le professeur documentaliste, participent-ils à la construction d'une éducation culturelle, à la transmission d'une culture humaniste ? Nous aborderons la notion de culture, à travers la liaison qui réunit culture humaniste et culture scolaire. Puis nous montrerons que dans les établissements scolaires un lieu privilégie l'ouverture culturelle de tous les élèves, il s'agit du Centre de Documentation et d'Information. A la suite de quoi nous nous intéresserons plus particulièrement au professeur documentaliste qui participe activement à la découverte de la richesse et du génie humain, d'une culture humaniste dans l'établissement scolaire.
Tout d'abord, nous mettrons en avant un aspect «historique» de la culture, pour parvenir à montrer la relation déjà existante de la culture humaniste et de la culture scolaire. Depuis les années 1960, les réflexions sont nombreuses pour transformer l’école en introduisant une certaine idée de la culture. En 1968, André Lichnerowitz proposait «d'ouvrir les programmes plus largement aux enseignements artistiques et manuels et aux activités socio-éducatives». Ainsi, depuis les années 1970, nous pouvons réellement parler d'action culturelle à l'école, ce qui se traduit par l'accueil de tous les élèves dans les mêmes conditions et avec la même qualité. En 1977 nous assistons à la création d'une mission à l'action culturelle, son objectif étant de valoriser la culture dans tous les établissements scolaires. Pour se faire, il faut cependant avoir une idée claire de ce que signifie culture et culture scolaire. La culture est souvent définie comme : être cultivé, savoir choisir, mais avant cela il est pourtant nécessaire d'avoir connaissance de ce que l'on choisit et donc d'être formé, d'avoir appris. La culture, c'est l'ouverture aux autres, aux idées et aux choses, c'est la capacité d'accepter et de recevoir ce qui est nouveau. Si nous considérons l'expression «culture scolaire», nous parlons alors de la transmission culturelle au sein du système éducatif. De ce fait, nous devons traduire cela par un patrimoine de connaissances et de compétences, d'institutions, de valeurs et de symboles constitués au fil des générations et caractéristique d'une communauté humaine particulière définie de manière plus ou moins large et plus ou moins exclusive. C’est une expression surprenante, mais c'est une culture dans laquelle, bien souvent, n’est pas comprise la culture scientifique et technique. Néanmoins, à l’école, il faut ouvrir les élèves à toutes les formes de culture : parmi elles, la culture scientifique et technique qui est insuffisamment travaillée. De plus, il faut insister sur le fait qu’il n’y a pas de culture sans morale, et que l’action culturelle à l’école doit être définie par rapport aux valeurs de la République. Elle vise à donner aux élèves « une culture humaniste et scientifique permettant le libre exercice de la citoyenneté » (loi d’orientation pour l’avenir de l’école.) Il faut préciser qu'à chaque génération, à chaque «rénovation» de la pédagogie et des programmes, ce sont des pans entiers de l'héritage qui disparaissent de la «mémoire scolaire», en même temps que de nouveaux éléments apparaissent, de nouveaux contenus et de nouvelles formes de savoir, de nouvelles configurations épistémiques-didactiques, de nouveaux modèles de certitude, de nouvelles définitions de l'excellence académique ou culturelle, de nouvelles valeurs. Une nouvelle culture est donc nécessaire dans l’école, impulsée par les changements du monde, l’environnement nouveau qu’il s’est construit. Lorsque l’on voit les efforts faits par les enseignants, en particulier les enseignants documentalistes, pour inciter les élèves d’aujourd’hui à lire, on ne peut que se dire que les temps ont bien changé. En ce sens, la culture peut et doit prendre toutes les formes quand elles respectent les valeurs humaines. Il importe donc d’inclure dans la culture tous les domaines de la pensée et de l’action de l’homme. Elle comprend cet ensemble complexe de phénomènes sociaux communs à toutes les parties d’une vaste société qui caractérise les civilisations et qui sans cesse ramène vers l’humain. Elle comprend également ses savoirs qu’il importe d’unifier. Nous pouvons donc conclure qu'il existe entre éducation et culture une relation intime, organique, il existe un lien étroit entre connaissance et culture. Il faut ajouter que l’exploration et l’appropriation de nombreux savoirs sont une condition pour devenir cultivé et entretenir sa culture. Nous pouvons également vouloir supprimer les parenthèses et comprendre l'école comme un lieu pluriculturel, où se croisent des cultures multiples et mélangées. Nous pensons ici au CDI de l'établissement scolaire qui représente un lieu d'ouverture culturelle.
Depuis leur création, les Centres de Documentation et d'Information ont beaucoup évolué, nous le considérons aujourd'hui comme le lieu d'ouverture culturelle de l'établissement scolaire. Ainsi, nous pourrions qualifier le CDI avec deux termes qui lui correspondent parfaitement, d'une part multipolarité et d'autre part virtualité. Si nous considérons la multipolarité du CDI, c'est par ce que celui-ci regroupe un certain nombre d'espace, notamment, un espace de collection, de recherche sur informatique, d'orientation ou encore espace d'exposition, de communication, d'échange, de mutualisation. De plus, à l'ère du numérique, le terme de virtualité apporte un enjeu supplémentaire pour l'établissement scolaire, dans la mesure ou le CDI devient virtuel dès lors que les élèves et les autres usagers peuvent accéder aux ressources mises à disposition par un moyen électronique. Le CDI est devenu un pôle majeur pour l'établissement scolaire, c'est la raison pour laquelle l'ensemble de la communauté éducative et davantage le professeur documentaliste essaie de rendre l’espace aisément accessible et de lui donner un côté agréable et chaleureux. En effet, l'objectif principal, étant de donner au public d'élèves fréquentant l'établissement scolaire l'envie de venir au CDI. Le CDI est donc un lieu d’information tout à fait essentiel pour l’élève et un lieu d’appropriation culturelle de premier ordre. Nous pourrions faire une «analogie» entre l'évolution du Centre de Documentation et d'Information et l'évolution des bibliothèques publiques. Ainsi, nous pourrions dire que de même que la bibliothèque est devenu médiathèque, le Centre de Documentation et d'Information est devenu «Espace culturel info-documentaire». De ce fait, ils s'affirment davantage l'un comme l'autre comme institution culturelle globale, destinée à promouvoir une offre de loisir et de culture. De plus, la société comme société d'information est caractérisée par une évolution profonde de l’édition et de la diffusion culturelle. Ce qui se traduit, simultanément par une évolution des pratiques culturelles des citoyens et des jeunes, ces derniers étant aujourd'hui davantage influencés par les faits médiatiques. Le Centre Documentation et d'Information représente au sein de l'établissement scolaire, un lieu privilégié, car accessible à tous les élèves, il est ouvert par son fonds info-documentaire à tous les savoirs, à toutes les cultures. Cependant, ces savoirs «non disciplinaires » puisqu'ils ne sont pas intégrés dans une discipline scolaire, suscite quelques interrogations, nous nous demandons, notamment, si ces derniers peuvent réellement être considérés comme culturels. Dans nos sociétés de l'information, la culture de l'information devient impérativement nécessaire, sans être une discipline au sens traditionnel du terme. Si nous allions plus loin dans notre raisonnement nous entrerions dans un débat «d'actualité», il s'agit de savoir si la documentation est une discipline scolaire à part entière, ou au contraire si elle est un enseignement tout autre qui ne s'enferme pas dans une discipline, et qui s'affirme comme discipline transversale. Ainsi, la documentation se voit partagée entre non discipline et «nouvelle discipline». Toutefois, même si la culture est étroitement liée au savoir, nous devons ajouter, que les enseignants ont souvent tendance à considérer la discipline qu’ils enseignent comme porteuse de toutes les conditions et promesses pour le développement intellectuel et personnel de l’élève. Cette façon de voir les choses ne correspond pourtant pas aux attentes du système scolaire quand à la transmission d'une culture humaniste. Une telle attitude engendre un enfermement de l'élève par rapport aux autres disciplines, alors que la culture est basée sur une formation du jugement, du goût et de la sensibilité et doit surtout ouvrir l'esprit de l'élève à la diversité des situations humaines. Dans un établissement scolaire, l'objectif est de faire en sorte que chacun des élèves est envie d'avoir une culture personnelle, et qu'à travers l'acquisition de cette culture, ils apprennent la tolérance et le respect. Ainsi, les enseignants doivent développer le «rôle de passeur culturel» qui leur a été confié et davantage le professeur documentaliste, qui cherche à transmettre cette culture humaniste au sein du CDI. Le professeur documentaliste parvient à transmettre cette culture en développant une organisation appropriée du CDI et en menant des actions pédagogiques spécifiques. Le CDI est un lieu de culture dans lequel les professeurs documentalistes définissent leur action et participent à la découverte de la richesse et du génie humain.
Nous revenons sur les missions confiées au professeur documentaliste, comme nous l'avons déjà rappelé auparavant, dans la circulaire de 1986, il est clairement indiqué que : «Le documentaliste-bibliothécaire participe à l'ouverture culturelle de l'établissement». Concernant la culture humaniste, la circulaire de 1997 vient définir les compétences attendues de tout enseignant de collège et de lycée. Ainsi, le professeur documentaliste, comme l'ensemble des enseignants, doit avoir réfléchit «à la fonction sociale et professionnelle de sa discipline, à sa dimension culturelle et à la manière dont elle contribue à la formation des jeunes. Dans le livret personnel de compétences nous constatons qu'il relève de la volonté du professeur documentaliste, de donner une dimension culturelle à ses actions. Dans la mesure ou la culture humaniste contribue à la formation du jugement, du goût et de la sensibilité, et enrichie la perception du réel tout en ouvrant l'esprit à la diversité des situations humaines. Ces compétences, se caractérisent par l'envie d'avoir une vie culturelle personnelle et à pour but de cultiver une attitude de curiosité chez chacun des élèves. Le professeur documentaliste comme tout autre professeur contribuer par son action professionnelle au développement de la culture chez les élèves. Le professeur documentaliste contribue à travers ces actions pédagogiques et culturelles à favoriser l'accès à la culture. Nous pensons notamment, à la conception du système d'information, à la politique d'acquisition mais aussi à la formation de la maîtrise de l'information. Le professeur documentaliste doit porter particulièrement attention à la formation à la culture de l'information, dans la société de l'information qui est la notre aujourd'hui, il doit contribuer à l'appropriation de la culture de l'information par les élèves et l'ensemble de la communauté éducative. Le professeur documentaliste doit également favoriser dans son action quotidienne l'accès à la lecture, soit par la mise en avant des collections, soit par de nouvelles acquisitions. Il est de plus en plus fréquent aujourd'hui que les élèves soient associés à la politique d'acquisition et au fonctionnement général du CDI. Le professeur documentaliste est un «passeur culturel», il doit amener les élèves à lire, à prendre du plaisir dans la lecture, à découvrir pour satisfaire sa curiosité et surtout à lire pour apprendre, pour comprendre. Cependant, nous ne devons pas oublier ici que c'est en considérant la politique documentaire de l'établissement scolaire, que le professeur documentaliste peut travailler sur des objectifs prioritaires partagés et connus de l’ensemble de la communauté éducative. Il convient important de citer un extrait du rapport sur les politiques documentaires des établissements scolaire de J.L Durpaire : «L’éducation à l’information est une question essentielle : la formation citoyenne des élèves nécessite une action forte dans ce domaine. Si, bien sûr, celle-ci est l’affaire de tous les enseignants et de tous les éducateurs, les documentalistes y ont une responsabilité particulière en raison de leur double compétence, pédagogique et experte en sciences et techniques de l’information et de la documentation.». La mission du professeur documentaliste doit être définie comme formation à la culture de l'information, à la mise à disposition de ressources et d'ouverture sur l'environnement culturel et professionnel. C'est en comprenant l'action info-documentaire de cette manière que le CDI et l’ensemble des ressources de l’établissement peuvent être un véritable lieu d’ouverture culturelle et que l’enseignant documentaliste peut contribuer à la formation et à l’épanouissement culturel de l’ensemble des élèves de l’établissement. Nous pouvons donc en conclure que c'est l'ensemble de l'action info-documentaire menée par le professeur documentaliste qui à une dimension culturelle. Plus précisément, le professeur documentaliste participe à la transmission de la culture humaniste en travaillant en collaboration avec les professeurs disciplinaire et l'ensemble de la communauté éducative. Notamment dans différents domaines, comme l'éducation à l'image ou aux médias, dans la mesure ou l'accès presque unique à la culture passe par les médias. En organisant des projets lecture au cœur du CDI, en favorisant l'apprentissage de la lecture-écriture à travers la découverte de documentaires pour la jeunesse. Nous pourrions également parler à l'ère du numérique, de l'éducation du citoyen internaute (préparation du B2i), de la manière d'apprendre la citoyenneté avec la presse et la télévision, de l'éducation à l'orientation ou à la santé... Nous en trouvons un parfait exemple dans les itinéraires de découverte qui permettent d'élaborer et de développer un projet, c 'est à travers ces enseignements pédagogiques interdisciplinaires que chaque élève peut apprendre à être autonome dans le CDI. La culture se construit et s'acquiert à travers le travail effectué pour s'approprier telle ou telle connaissance, néanmoins il faut laisser aux élèves le temps de l'acquérir toute au long de leur scolarité, «La culture est donc le résultat d’un acquis. Elle ne se donne pas et n’est pas donnée.». Ainsi, dans la transmission, l'acquisition et la construction de la culture humaniste les enseignants et l'ensemble de la communauté éducative jouent essentiel et ont une grande part de responsabilité. Ils ont pour mission de développer l’esprit critique des élèves, condition de la qualité de leur esprit, jugement et sentiment, condition de leur épanouissement. Il revient aux enseignants et en particulier aux enseignants documentalistes, d'être des «éveilleurs» et des «passeur de culture». Ils doivent faciliter le développement d'un regard analytique et évaluateur qui permettra à ces élèves, devenus des hommes, de jauger, de juger, de dresser des hiérarchies comme des personnes devenues autonomes et ainsi de permettre à l’élève de «s’orienter dans la pensée». De plus, ils doivent transmettre le goût au savoir, c’est-à-dire à sa saveur, de former au jugement et de favoriser l’acquisition de cet enrichissement intellectuel et moral qui demeure même si le savoir est oublié.
L'acquisition d'une culture passe par la considération de tout homme comme entité, ainsi c'est l'homme tout entier qui doit être pris en compte. Dans un établissement scolaire l'objectif principal est de développer les fonctions intellectuelles des élèves à travers l’apprentissage des savoirs. Le savoir est la condition nécessaire de la culture, mais n'est pas la condition suffisante à l'acquisition d'une culture humaniste. Le savoir est un facteur de culture, dans la mesure ou il permet aux élèves de se familiariser pendant toute leur scolarité avec des œuvres de types et de genres différents. Le système éducatif et par la même l'ensemble des enseignants, la communauté éducative et davantage le professeur documentaliste ne se bornent pas à sélectionner parmi les savoirs et les matériaux culturels disponibles à un moment donné. Ils doivent rendre ces savoirs et cette culture transmissibles, assimilables pour les jeunes générations. De plus ils doivent se livrer à un immense travail de réorganisation, de restructuration, et de «transposition didactique». La transmission d'une culture suppose qu'un savoir doit être assimilé, et tend à développer chez les élèves une personnalité intellectuelle et morale, mais également, la formation de la volonté et la compréhension profonde du sens de l’effort, forgée par le long travail d’acquisition des connaissances.
Elodie.W